• Quels enseignements tirer de ces nouveaux chiffres ?
Nous avons souhaité cette année porter un regard rétrospectif sur l’évolution régionale du mal-logement au cours des six dernières années, qui correspondent aux précédents mandats municipaux et intercommunaux.
Malgré quelques avancées sur la rénovation énergétique ou la mise en œuvre du « Logement d’abord », on constate que les conditions de logement se dégradent pour bon nombre d’habitantes et d’habitants des Hauts-de-France.
La région se place toujours au second rang des régions les plus pauvres après la Corse : le taux de pauvreté, en augmentation, s’élève à 19 % d’après les derniers chiffres de l’Insee et atteint même 37 % parmi les locataires. Dans le même temps, le coût résidentiel (loyer, prix de vente et charges d’énergie) poursuit sa progression et la production de logement social, en particulier à plus faible loyer, s’effondre.
Cela a des conséquences très concrètes sur les difficultés des personnes modestes à se loger dignement : dans la région, le nombre de foyers en attente d’un logement social a augmenté de plus d’un tiers en six ans, faisant perdurer des situations d’hébergement contraint chez des tiers, de surpeuplement ou encore d’habitat indigne. Les procédures d’expulsion locative sont plus nombreuses et se concluent plus fréquemment par une expulsion avec intervention des forces de police (+ 74 % d’octrois du concours de la force publique pour une expulsion en six ans). C’est le résultat notamment du durcissement des politiques d’expulsion, condamnant les personnes à une longue errance résidentielle.
Enfin, forme extrême du mal-logement, les personnes sans abri ont de plus en plus de difficulté à accéder à un hébergement : dans la région, les trois-quarts des appels au 115 ne donnent pas lieu à une proposition d’hébergement, faute de place disponible.
• Pour la Fondation, quels sont les défis à relever sur le territoire en ce qui concerne le logement ?
La seconde partie de notre éclairage régional présente les propositions que nous portons auprès des nouveaux élus locaux pour lutter contre le mal-logement, en les illustrant par des initiatives déjà conduites par de nombreux territoires.
Un premier enjeu est de mieux réguler le parc de logements, en termes d’offre, de prix et de qualité. Les élus municipaux disposent de plus en plus de leviers pour prévenir l’habitat indigne (permis de louer), réguler les meublés touristiques et résidences secondaires et, sous réserve que le dispositif soit prolongé, encadrer les loyers privés dans les zones tendues.
Le deuxième est d’accompagner le développement de logements réellement sociaux, grâce aux plans locaux d’urbanisme, aux politiques foncières ou aux aides locales aux organismes de logement social, et de prioriser les attributions aux ménages les plus modestes.
Il s’agit enfin de promouvoir des territoires accueillants et hospitaliers et de lutter contre les exclusions et les discriminations. Alors que le contexte social, économique et politique est à bien des égards défavorable, les villes et villages sont des espaces où créer et faire vivre les solidarités locales, en complément des politiques nationales de redistribution : garantir les droits des personnes sans abri ou mal-logées, améliorer les conditions de vie des personnes en habitat informel, soutenir leur accès au logement, considérer et entendre la parole des personnes en situation de précarité…
• Après les municipales, quels sont les enjeux pour la Fondation ?
La Fondation reste très mobilisée aux côtés des acteurs associatifs, alors que leurs capacités d’action sont de plus en plus fragilisées et que la précarité progresse.
Le bilan des actions soutenues en 2025 dans la région traduit l’ambition de la Fondation d’agir en proximité, au service d’une amélioration durable des conditions de logement des habitants les plus modestes. Plus de cinquante projets ont été soutenus dans les Hauts-de-France l’année dernière, pour plus d’1,7 million d’euros. Ces soutiens ont permis de créer des pensions de famille pour les personnes à la rue, des logements de qualité à très faibles loyer, ou encore d’accompagner les personnes mal-logées à accéder à leurs droits.Nous apportons également une attention particulière aux personnes laissées en marge des dispositifs publics : mineurs en recours pour la reconnaissance de leur minorité, exilés, habitants des bidonvilles…
La Fondation est enfin à la disposition des maires qui souhaitent engager des actions volontaristes de lutte contre le mal-logement. Nous allons actuellement à la rencontre des nouveaux élus des municipalités ou intercommunalités.
Isabelle FOUROT est la directrice de l’agence régionale Hauts-de-France de la Fondation pour le Logement des Défavorisés (ex-Fondation Abbé Pierre).