Claire Thoury, sociologue, est devenue la 1re femme élue, pour cinq ans, Présidente du Conseil économique, social et environnemental (Cese), la 3e assemblée la République.
Vous avez été élue par 97 voix sur 173 votants, le 20 mai dernier. Cette Présidence, c’est une lourde responsabilité à laquelle vous vous êtes préparée ?
Je préside depuis cinq ans le Mouvement associatif, qui fédère plus de 700 000 associations (soit la moitié du nombre total d’associations en France) et je suis très honorée et très fière d’avoir été élue à cette nouvelle fonction. Mais c’est en effet une lourde responsabilité, car aujourd’hui, les défis à relever sont nombreux : nous traversons une période vraiment difficile sur les plans économique, social, budgétaire, mais aussi démocratique. Je suis persuadée que notre chambre a une place à prendre dans le débat public en ces temps tourmentés. Ma première ambition sera donc de faire en sorte que le Cese devienne la chambre d’écho de la vie quotidienne de tous les citoyens. Car je constate qu’il y a aujourd’hui un décalage permanent entre ce que les gens vivent au quotidien et ce qu’on attend d’eux . Nous l’avions documenté il y a deux ans, dans le rapport annuel du Cese sur l’état de la France que nous avions intitulé : « Sortir de la crise démocratique ». Prenons la question du pouvoir d’achat. En 2024, l’Insee indiquait qu’il avait progressé de 2,1 % par rapport à 2023. Mais il faut se pencher plus finement sur les données, car si l’on prend certaines situations, comme celle des mères isolées, des jeunes, ou encore des habitants ultra-marins, c’est faux. Au contraire, le pouvoir d’achat de ces catégories de personnes a même diminué durant cette période. La vie quotidienne n’est pas la même pour tous. Le Cese, qui est la chambre des corps intermédiaires, se doit de représenter cette société civile qui est multiple, et dire ce qu’est le réel pour mieux conseiller les pouvoirs publics et participer à l’évaluation des politiques publiques. Nous avons des outils pour le faire, comme la participation citoyenne initiée par la réforme de 2021, dont je veux engager l’acte 2 sous ma mandature, afin qu’elle soit renforcée et que les préconisations qui en découlent soient mieux partagées et mises en valeur ; même chose pour les avis, les rapports et autres contributions du Cese, dont le rôle est aussi d’anticiper les changements de la société, de poser des questions et de soulever de nouveaux débats sur le temps long. Pour moi, ce rôle d’anticipation est très important.C’est pour cela que, le 1 er juillet, j’ai organisé une rencontre de tous les « numéros un » des 69 organisations et 8 territoires d’Outre-mer représentés à notre chambre , pour travailler ensemble sur les priorités et les grands chantiers de la prochaine élection présidentielle. Je pense que le logement aura toute sa place parmi eux, car il est au cœur des préoccupations des citoyens.
Allez-vous relancer les conventions citoyennes ? Quelle leçon tirez-vous des 3 premières ?
Comme je l’ai dit, depuis 2021, le Cese est la chambre de la participation citoyenne. Il a d’ores et déjà organisé trois conventions citoyennes sur le climat, la fin de vie et les temps de l’enfant. Les conventions sont une très bonne idée et il ne faut pas les réduire aux effets directs qu’elles ont produit. Je pense qu’elles jouent un rôle essentiel dans notre société et qu’elles ont été productives, même si cela prend du temps de s’en rendre compte. Regardez notamment le débat sur la fin de vie et l’aide à mourir ; on a vraiment avancé sur cette question fondamentale, avec un nouveau droit à l’aide à mourir, suite à l’adoption de la proposition de loi par l’Assemblée nationale, fin mai dernier. Ce qu’il faut avoir en tête et ce qui est vraiment intéressant dans ces conventions, c’est qu’elles permettent le croisement et l’échange de personnes venues de tous horizons ; il y a un vrai besoin de confronter les idées et de voir ensuite sur quoi et comment travailler ensemble. Il est certain qu’aujourd’hui, le lien entre la société civile et le pouvoir est très défiant, on ne peut pas encore parler de collaboration étroite, loin de là. Mais cela s’organise et pour que cela fonctionne, il faut choisir les bons sujets. Je pense que l’on peut avoir des débats de haute tenue sur des sujets délicats, comme ce fut le cas dans le cadre du Conseil national de la refondation (CNR), sur la santé, l’écologie ou le logement. Le Cese dispose d’un pouvoir d’auto-saisine our organiser des conventions citoyennes sur des sujets au cœur des préoccupations de nos concitoyens. C’est notamment avec cette idée en tête que, depuis que je suis élue, je me déplace toutes les semaines sur le territoire, pour débattre, aller à la rencontre des gens, des organisations qui composent le Cese, et de nos partenaires pour identifier les préoccupations et renforcer le travail en commun.
Le vieillissement de la population fait-il partie de ces nouveaux sujets ?
Il est clair que la question démographique, qui est clairement une question d’actualité, en englobe beaucoup d’autres, comme la dénatalisation, l’immigration, le logement, l’espace urbain la mobilité ou, en effet, le vieillissement. Le bien-vieillir est un problème sur lequel le Cese a déjà travaillé, notamment sous l’angle de la perte d’autonomie. En tant que tel, le vieillissement est un vrai sujet qui nous concerne tous. C’est tout à fait possible que le Cese s’en empare dans les années à venir.