Le logement au cœur du bien vieillir

Serge Guérin, sociologue, professeur à l’Inseec Grande Ecole, est spécialiste du vieillissement. Il a écrit environ 40 ouvrages sur la question des seniors.
10.07.2026
4 min

Y-a-t-il un lien entre vieillissement et précarité ?

Le grand âge va très souvent de pair avec la fragilité, qui est une forme de précarité. Nous parlons ici de précarité physique, mais aussi de précarité psychologique, émotionnelle, car avec l’âge chacun de nous peut ne plus se sentir productif, utile, à sa place. Malheureusement, le sujet du vieillissement, y compris dans le logement où nous passons 80 % de notre temps dans le grand âge, ne fait pas du tout partie des sujets abordés actuellement. Pourtant, on peut dire que le logement, lorsque l’on est bien chez soi, est un vecteur essentiel de longévité, c’est en fait le meilleur des médicaments ! Il y a une connexion très forte entre là où j’habite et mon vieillissement. Et malheureusement, le vieillissement n’a aucune place dans les discours politiques et n’en n’aura hélas sans doute pas plus dans la perspective de l’élection présidentielle, alors que, je vous l’annonce ici, en 2026, pour la première fois de notre histoire, les plus de 65 ans vont être plus nombreux que les moins de 20 ans. Ce changement majeur n’est guère pris en compte.

Comment agir sur le bien vieillir des personnes mal logées ?

Je pense que notre société a un rôle essentiel à jouer aujourd’hui sur ce sujet. L’État providence ne pourra pas, ne pourra plus assurer le bien vieillir dans une société qui à partir de 2031 va connaitre en 25 ans un doublement du nombre des plus de 85 ans. Il faut réfléchir à ce que chacun, collectivités locales, associations, individus, peut faire pour s’impliquer dans le vieillissement et répondre à la question de la longévité. À ce titre, je crois beaucoup à la notion de proximité dans l’habitat, dans la ville, mais aussi à l’échelle du pays, au niveau national. Il faut redonner à l’entraide, à la solidarité, une véritable place, en commençant par notre habitat qui doit être adapté au grand âge, rester accessible et confortable pour favoriser le bien vieillir. Les Pensions de famille sont un très bon exemple pour illustrer ce que je veux dire. C’est une solution riche et intéressante car elle permet d’intégrer et d’accompagner les personnes vieillissantes, avec une réciprocité vécue au quotidien, car les habitants sont accompagnés et ils accompagnent également les autres. Cela contribue à l’histoire de chacun et de tous, en favorisant l’estime de soi. Il faut développer des logements partagés où la vie collective puisse s’épanouir ; des habitats solidaires où les services et les soins soient mutualisés. Ne l’oublions pas, le logement est aussi un vecteur de lien social. Je dis souvent que la retraite est un cap difficile, car l’on quitte son travail et ses collègues ; mais il faut avoir en tête également que c’est aussi parce que, souvent, on quitte son logement, ses voisins, son quartier. Le passage à la retraite est la 2e cause d’installation en Hlm. Et nous le savons bien, on ne se refait pas des amis du jour au lendemain… Il faut absolument avoir en tête que logement et lien social sont étroitement liés.

Vous avez évoqué isolement et isolation en faisant un presque un parallèle…

Oui, on peut jouer avec les mots, les relier, car cela permet de saisir encore une fois l’importance du logement dans le bien ou le mal-vieillir. Avec l’âge, je perds de l’autonomie, je m’isole et mon espace de vie se rétrécie ; dans mon logement, j’occupe moins de surface. De même, je peux avoir du mal à sortir de chez moi, à utiliser les parties communes, surtout si elles sont mal entretenues (ascenseurs en panne, par exemple), à ressentir de l’insécurité, là encore, il y a un risque d’isolement. Par ailleurs, si l’habitat est dégradé ou vétuste, compte tenu de mes faibles revenus, je me chauffe moins, ou mal, voire pas du tout si le logement est une passoire énergétique. Et en été, c’est l’inverse, il devient une bouilloire. L’inadaptation du logement sous toutes ses formes engendre le mal-vieillir avec un isolement et une précarité grandissantes.

Ndlr : dernier ouvrage paru : « Quand le sexe n’a pas d’âge et l’amour non plus », Edition Michalon.