« La fraternité, c’est l’amour de l’Humanité »

Agnès Troublé, plus connue sous le nom d’« Agnès b. », célèbre styliste, est marraine de la Fondation depuis 2006. Elle revient sur la place et la valeur de la fraternité dans sa vie.
20.10.2026
4 min

La fraternité est une valeur à laquelle vous tenez. Comment s’illustre-t-elle dans votre vie personnelle et professionnelle ?

Elle est essentielle pour moi depuis que je suis toute petite, elle a été incarnée par ma grand-mère que j’admirais beaucoup. La fraternité, la sororité, c’est aimer l’autre, aimer l’humain, aimer l’Humanité toute entière. Aujourd’hui, les jeunes emploient très souvent le mot « respect », il est important car il participe à faire vivre la fraternité dans notre société qui, malheureusement, a bien du mal à lui faire une place. La fraternité, c’est le respect de l’autre, la générosité envers lui s’il est dans le besoin ; le partage dès que l’on peut. J’ai vécu dans la galère quand j’étais jeune, je sais ce que c’est que de manquer. À 21 ans, je me suis retrouvée sans ressources après mon divorce, avec deux jeunes enfants à charge. Heureusement, il y a des gens généreux, des associations, des citoyens qui se battent contre la misère, mais cela ne suffit pas. Ce que fait la Fondation pour le Logement, c’est formidable, mais il faut plus de fraternité entre les hommes, c’est certain et c’est un message que porte la Fondation, ce qui me touche beaucoup. Je ne comprends toujours pas pourquoi les riches veulent être encore plus riches et ne partagent pas plus. Partager, c’est donner vie à la fraternité, c’est vivre ensemble. La fraternité, c’est un état d’esprit, une attitude que l’on peut et que l’on doit porter tous ensemble, autant que l’on peut. Construire un monde plus fraternel, cela compte énormément dans ma vie et cela me fait du bien tous les jours !

Vous êtes marraine de la Fondation depuis plus de vingt ans. Rester engagée à ses côtés, c’est aussi une manière de faire vivre la fraternité ?

Comment peut-on rester insensible aux personnes qui vivent dans la rue, aux enfants qui n’ont pas de toit ? Le manque de logements est criant, alors qu’il s’agit d’un besoin vital. C’est pour cela aussi que je reste engagée aux côtés de la Fondation. Chacun doit pouvoir se loger dignement, pouvoir mettre sa famille à l’abri et en sécurité.

Dans mon métier et dans mon engagement aux côtés de la Fondation, j’essaye de faire vivre cette fraternité. J’ai lancé une première collection de vêtements au profit de la Fondation en 2017 et j’avais également réalisé un tee-shirt « Et les Autres ? » dès l’été 1994. En juin dernier, j’ai présenté « Give Love », au profit de la Fondation pour le Logement et de 2 autres associations que je soutiens aussi. Il faut absolument continuer à lutter contre la misère au quotidien, comme le font les équipes de la Fondation. À mon niveau, j’essaye aussi de lutter contre ce fléau, avec mon fonds de dotation créé en 2009 ainsi que le don d’une maison dans le centre de la France dans l’objectif de créer un projet expérimental de logements de familles de personnes sans abri. L’amour a toujours dirigé ma vie et toutes mes démarches, qu’elles soient artistiques ou autres. Je cherche à lutter contre les inégalités, comme le faisait ma grand-mère. J’ai reçu la Légion d’Honneur en décembre 2023, ce fut un moment fort, mais ce n’est pas ce à quoi je suis la plus sensible. Rechercher le bien chaque jour, c’est ce qui m’importe. Et faire vivre la fraternité, c’est faire le bien. Je le fais avec plaisir, cela me nourrit. Je ne m’en vante pas car je crois que l’on peut toujours mieux faire.