« je ne peux pas rester indifférente »

15.10.2026
3 min

Eliane aura 86 ans à la fin de l’année. Elle s’est installée il y a de nombreuses années tout près de Saint Omer, avec son second mari, dans une maison de plain-pied, avec 3 chambres et un jardin. « Nous avons décidé ensemble, sans hésiter, de faire de la Fondation notre légataire universel. Nous avions envie de laisser quelque chose à ceux qui n’ont rien. » Aujourd’hui veuve pour la seconde fois, Eliane n’a pas changé d’avis, bien au contraire.

« Quand je vois notre société aujourd’hui, où certains ont tant et d’autres rien… je ne peux pas rester indifférente, c’est comme ça ! Je ne suis pas un modèle et ce que je fais n’a rien d’exemplaire, mais dès que je le peux, j’aide. Même si ce n’est pas grand-chose, c’est toujours ça. »

Eliane est née à Hénin-Beaumont, dans le quartier des houillères. Elle est fille unique, et mène une vie « toute simple », comme elle le dit elle-même, appréciant son quotidien et son jardin. 

« Mes parents étaient très modestes, mon père travaillait dur, il était mineur, à Lens. Il a toujours fait les trajets en vélo, puis, à un moment, il a pu s’acheter une mobylette. On n’a jamais eu de voiture. On n’avait pas grand-chose mais cela ne nous empêchait pas d’ être heureux.

Je me souviens très bien, il y avait une forte solidarité dans le quartier qui se manifestait tout le temps ; ma mère allait faire le ménage chez notre voisin âgé tous les jours ; dès qu’une personne avait besoin d’aide, on ne se posait pas de question. On était là les uns pour les autres. 

Même si nous vivions très modestement, je n’ai jamais manqué de rien et j’ai été très heureuse. J’ai toujours vu ma mère aider les personnes à la rue. Elle donnait la pièce et du pain. Je savais dès toute petite qu’avoir un toit sur la tête, c’était ce qu’il y avait de plus important.

Quand je vois aujourd’hui des personnes sans rien, couchées par terre, je ne comprends pas comment on peut passer devant elles sans même leur accorder un regard… Il n’y a pas si longtemps, j’allais tous les jours donner un sandwich et une boite de pâté pour son chien, à une personne qui mendiait devant la boulangerie. Un jour, juste avant Noël, il m’a dit qu’il avait trouvé quelque chose pour s’en sortir. Je lui ai souhaité bonne chance et lui ai offert un gâteau de Noël. Je pense souvent à lui. J’espère qu’il est heureux. »

« Aujourd’hui, je vois encore des SDF près du centre commercial, souvent sur le parking. L’autre jour, les gardiens sont venus en réveiller un qui dormait près des caddies, et à qui j’avais laissé de la nourriture. Je suis allée voir les gardiens et je leur ai dit : « Laissez-le dormir. Si on ne les laisse même plus tranquilles dehors, où vont-ils pouvoir aller ? Ce n’est vraiment pas normal d’agir comme ça. »