Mal-logement à la Réunion : les grands renoncements des pouvoirs publics

22.04.2026
3 min
Crédit : Morgan Fach

Ce 22 avril 2026, la Fondation pour le Logement (anciennement Fondation Abbé Pierre) publie son nouvel éclairage sur l’état du mal-logement à La Réunion et révèle que l’année 2025 a de nouveau durement frappé les personnes dépourvues de logement ou mal-logées.

Tous les indicateurs du mal-logement se dégradent, la pauvreté et les inégalités atteignent des sommets. Pourtant, les pouvoirs publics semblent s’attaquer davantage aux mal-logés qu’aux causes du mal-logement. Les décisions nationales et locales, alimentent des tensions sociales et renforcent le sentiment d’abandon en particulier des personnes les plus précaires.

En 2025, le mal-logement s’est aggravé à La Réunion :

  • 4 réunionnais sur 10 sont impactés par la crise du logement,
  • plus de 2 500 personnes sont sans domicile (+39 % en 7 ans),
  • Plus 51 000 ménages sont en attente d’un logement social, un nouveau record, (+72 % d’augmentation depuis 2018),
  • et seulement 1 000 logements très sociaux et sociaux ont été financés en 2025 (-41 % en 5 ans).

« La crise du logement est près de deux fois plus importante à La Réunion que dans l’Hexagone et elle est présente sous différentes formes dans les 24 communes de l’île. Défendre le droit à un logement digne et décent, et le droit à un hébergement inconditionnel, est aujourd’hui un besoin vital pour 150 000 personnes mal-logées ou sans logement. », alerte Matthieu Hoarau, directeur régional de la Fondation pour le Logement à La Réunion.

Dans la période actuelle, la question du logement est trop souvent réduite, par les responsables politiques, à des préoccupations budgétaires et des renvois de responsabilités entre les institutions. Cela conduit à des renoncements inquiétants dans les réponses à déployer, à l’image du non-respect de la mise à l’abri inconditionnelle de toute personne en situation de détresse, notamment avec des enfants en bas âge.

« Avec la crise du logement, il y a une accélération de la saturation de l’hébergement, dans des proportions sans précédent à La Réunion. L’année dernière, plus de 1 300 enfants n’ont pas été pris en charge par le 115. Nous ne pouvons pas nous habituer à voir des enfants dormir dehors, ni nous résigner à ce que des hommes et des femmes meurent de la rue. Et cela, d’autant plus qu’il existe des solutions concrètes qui pourraient être mises en place. », s’indigne Matthieu Hoarau.

Dans son rapport, la Fondation a également choisi de consacrer un chapitre aux visages de l’habitat indigne, pour apporter un nouvel élan à la lutte contre l’habitat indigne à La Réunion et rappeler qu’il est possible d’agir collectivement et beaucoup plus efficacement contre ce fléau qui touche 24 000 habitations précaires.

Face à l’urgence sociale, et dans la continuité de ses préconisations faites dans le cadre de la campagne des municipales, la Fondation pour le Logement a par ailleurs invité les Maires volontaires à signer, avec elle, la Déclaration des droits des personnes sans abri. Cette signature doit permettre de travailler ensemble pour construire et porter de nouvelles réponses pour le territoire. En effet, des marges de manœuvre existent localement pour héberger dignement les personnes en détresse. Plus largement, il s’agit de relancer tous les leviers du plan Logement d’abord, respecter la loi SRU, encadrer les meublés touristiques et les loyers pour ramener de l’équilibre sur le marché immobilier ou encore, lutter contre la précarité énergétique et l’habitat indigne.

Éclairage Réunion 2026 : synthèse
Éclairage Réunion 2026 : synthèse