« Il faut rénover et produire des logements accessibles à tous »

Anne Terlez est vice-présidente de la cohésion sociale à l’association des Intercommunalités de France ; vice-présidente du Conseil départemental de l’Eure, et vice-présidente de la communauté d’agglomération Seine-Eure.
27.01.2026
4 min

Quelles sont les priorités des Intercommunalités en termes de logement et de cohésion sociale ?

Les Intercommunalités représentent l’échelle du bassin de vie des habitants. La plupart d’entre elles exercent des compétences qui touchent de près ou de loin au quotidien : se déplacer, travailler, faire garder son enfant, se loger, etc. Les Intercommunalités ont, depuis très longtemps, essayé de contribuer à l’amélioration du « reste-à-vivre » des ménages. Or, la part du logement dans les dépenses contraintes des foyers est de plus en plus en importante, atteignant parfois jusqu’à 40 %, ce qui est insoutenable. La priorité des Intercommunalités est donc d’avoir les moyens de piloter la politique de l’habitat dans toutes ses dimensions pour apporter un meilleur service à la population : rénovation des logements, production de logements sociaux (et privés), aménagement du territoire. La compétence Habitat est une compétence très partagée et cet éclatement induit une grave perte d’efficacité. Prenons par exemple MaPrimeRénov. Même lorsque l’Intercommunalité a mis en place une plateforme de la rénovation pour accompagner les habitants, la lutte contre les entreprises suspectées de fraude a été et est encore extrêmement compliquée. Intercommunalités de France a très tôt alerté l’État sur les risques d’abus. Nous n’avons pas été entendus. Or c’est une des raisons qui a conduit à la suspension de l’aide, laissant de nombreux foyers en grande difficulté et décrédibilisant la parole publique. Je ne décolère pas car si l’administration centrale nous avait pris au sérieux, nous aurions pu éviter cette crise. Les Intercommunalités ont beaucoup investi pour accompagner les propriétaires occupants, mais aussi les propriétaires bailleurs. La politique de l’habitat doit être pilotée à l’échelle locale pour être efficace. L’ État doit nous faire confiance et nous laisser les outils techniques, financiers, juridiques.

Selon vous, pour sortir de la crise du logement, il faut agir à cette échelle ?

Absolument. Les Départements et les Intercommunalités sont très proches des habitants ; nous sommes les premiers observateurs des tensions dans le logement social et des effets induis que cela provoque. Il faut absolument remettre de l’argent public dans la production de logements accessibles. Aujourd’hui, produire du logement social de qualité, énergétiquement performant et à bas loyer est devenu très compliqué, voire impossible. Dans mon territoire par exemple, pour un logement social T1, j’ai plus de 15 demandes. Je vois bien aussi à quel point les coûts du loyer et des charges sont devenus beaucoup trop lourds pour les ménages très modestes. 90 % des aides extra légales du CCAS en Seine-Eure sont dédiées au paiement des fluides (eau, électricité et gaz). C’est aussi au niveau des Départements que l’on accompagne et que l’on soutient les ménages en difficulté. Les territoires ont les leviers pour piloter la politique de l’habitat, connaissent les habitants, le foncier, les bailleurs. Il faut nous laisser faire. J’ai la conviction et la certitude qu’il y aurait moins de gabegie à cette échelle.Mais il faut bien sûr que l’État remette de l’argent public sur la table, car, pour l’instant, les bailleurs n’ont plus les moyens de répondre à la demande ; sans soutien, ils n’y arriveront pas. Il en va de même pour l’acquisition-amélioration que l’État nous incite à développer en zone rurale, là aussi, il nous faut des moyens financiers et un modèle économique.

Les prochaines élections municipales représentent-elles un risque pour les Intercommunalités ?

Par définition, les quelque 1200 Intercommunalités que compte notre pays sont des lieux de coopération où il y a toujours eu des sensibilités politiques différentes. Et n’oublions pas que les ¾ des Intercommunalités sont des communautés de communes, en milieu rural, là où le débat national s’invite plus difficilement. Et dans les grandes villes, comme dans les métropoles, nous arrivons toujours à des majorités de projets, je suis donc raisonnablement optimiste.