Cette interview croisée vous fait découvrir la façon dont la Fondation pour le Logement des Défavorisés (anciennement Fondation Abbé Pierre) entoure ce geste de générosité, au travers des questions posées le plus souvent :
- du côté de la relation testateurs
Bonjour, je m’appelle Bénédicte Roget et j’ai eu la joie de rejoindre la Fondation début 2025 en tant que responsable relation testateurs. Mon rôle est d’accompagner les personnes qui ont choisi de transmettre tout ou partie de leurs biens à la Fondation, ou qui réfléchissent à ce sujet.
- du côté juridique
Bonjour, je m’appelle Antoine Lombardie et je travaille au sein de la Fondation depuis 2022 en tant que responsable du service libéralités, spécialisé en droit patrimonial de la famille. Mon rôle consiste à accompagner Bénédicte sur les demandes qu’elle reçoit, en relisant par exemple les projets de testament. Je traite également avec les notaires dans le cadre du règlement des successions que nous recevons.
Antoine, peux-tu nous raconter ton parcours ?
Après un parcours universitaire juridique, j’ai exercé en tant que notaire assistant puis notaire – salarié pendant une douzaine d’années. J’étais notamment en charge de la gestion des dossiers liés au droit de la famille (donations, contrats de mariage, divorces, successions, conseils à la rédaction de testaments…)
En 2022, j’ai décidé de m’engager pour le secteur associatif en rejoignant la Fondation pour le Logement, à l’époque Fondation Abbé Pierre.
Peux-tu nous expliquer pourquoi il est important de passer par un notaire pour rédiger son testament ?
C’est une question que l’on nous pose souvent. En tant que tel, passer par un notaire n’est pas strictement obligatoire. Il est en effet possible de rédiger un testament olographe seul chez soi. Néanmoins, les risques d’erreur sont élevés pouvant entraîner l’inapplicabilité du testament.
Consulter un notaire permet de bénéficier de conseils juridiques adaptés et ainsi de formuler ses volontés sans ambiguïté. De plus, le notaire inscrit l’existence de votre testament au Fichier Central des Dispositions de Dernières Volontés (FCDDV). Au moment de votre décès, quel que soit le notaire chargé de la succession, il saura ainsi qu’un testament existe.
Bénédicte, peux-tu nous expliquer si sur son testament, il est possible de flécher son legs vers une action spécifique de la Fondation ?
En général, les legs, donations ou assurances-vie que nous recevons ne mentionnent pas de conditions particulières. Cette souplesse permet à la Fondation d’utiliser les biens ou fonds reçus sur des programmes ou territoires prioritaires.
Bien sûr, si un testateur préfère soutenir une action spécifique ou un lieu qui lui tient à cœur, nous ferons le maximum pour répondre à ses volontés.
Pour s’en assurer, le plus sûr est de nous contacter en amont de la rédaction de son testament. Nous pourrons ainsi vérifier ensemble la faisabilité du projet et définir la formulation juridique appropriée.
Et que faisons-nous des biens immobiliers que nous recevons ?
C’est une question qui revient régulièrement ! En quelques mots, la Fondation étudie systématiquement la possibilité de donner un usage social aux biens immobiliers que l’on reçoit, en y logeant une personne ou une famille en grande difficulté.
Cependant, cette possibilité n’est pas toujours ouverte, car elle dépend de plusieurs facteurs nécessaires à la réussite du projet d’accueil : présence d’une association partenaire agréée MOI dans la localité, capacité de cette association partenaire à monter un nouveau projet, lieu du bien qui doit être situé dans un centre urbain avec commerces et commodités à proximité…
S’il n’est pas possible de transformer le bien reçu en projet social, il est alors vendu sur le marché et le produit de sa vente est consacré aux missions sociales de la Fondation.
Est-il possible de changer d’avis quand on a rédigé son testament ?
Absolument ! C’est d’ailleurs un des grands principes du testament : il est modifiable et révocable à tout moment. Sachez par ailleurs qu’il n’est pas nécessaire de demander l’accord ou même d’informer les personnes morales ou physiques que vous avez désignées.
C’est toujours le testament le plus récent qui s’appliquera, raison pour laquelle il est essentiel de bien mentionner en préambule de son testament “Ceci est mon testament, il révoque tous testaments antérieurs”.
Qu’est-ce qui te touche quand tu découvres l’histoire ou le parcours de ces personnes qui choisissent de transmettre un legs à la Fondation ?
Chaque histoire est singulière et aucune ne me laisse indifférente évidemment. Néanmoins, il arrive que certains récits m’émeuvent particulièrement. C’est le cas des individus un peu malmenés par la vie, ceux qui ont vécu des situations de forte précarité économique ou affective et qui décident de transmettre ce qu’ils ont, parfois très peu, à la Fondation. Cette solidarité vis-à-vis des personnes démunies est pour moi très émouvante. C’est une belle leçon d’humanité.