En 2025 près de 25 000 expulsions ont eu lieu, touchant plus de 50 000 personnes, soit l’équivalent d’une ville comme celle de Arles. En hausse de 60 % en 10 ans, le nombre d’expulsions a connu une augmentation inédite depuis l’application de la loi dite Kasbarian de 2023, qui vise à les accélérer. A la veille de la trêve hivernale, la Fondation pour le Logement (anciennement Fondation Abbé Pierre) alerte sur les conséquences sur la santé des personnes expulsées de leur logement dans une note dédiée.
Les questions de santé apparaissent à plusieurs étapes des procédures d’expulsion. Elles peuvent d’abord contribuer à la fragilisation économique des ménages. Une maladie grave entrainant une perte de ressources, une dépression sévère ou une situation de handicap ne suffisent pas toujours à empêcher une expulsion, y compris lorsque les personnes attendent depuis des années que leur bailleur social leur propose un logement adapté. Alors que la part de l’impayé de loyer lié à la santé était en moyenne de 24 % depuis 2009, elle a atteint 34 % pour l’année 2026[1]. D’aprèsles associations du réseau ADLH, de notre lieu d’accès aux droits parisien (Espace Solidarité Habitat) et de notre plateforme Allô Prévention Expulsion, le phénomène s’accroit et est de moins en moins suivi de solutions d’hébergement, même temporaire.
Dans le cadre d’une étude réalisée en 2025 à l’échelle de la Commission de Coordination des Actions de Prévention des Expulsions (CCAPEX) de Paris, 62 % des situations étudiées renvoyaient à des personnes présentant un problème de santé. Pour 29 % des ménages présentant des problèmes de santé, ces derniers étaient à l’origine de la procédure d’expulsion, tandis que pour 19 % des ménages, l’expulsion apparaissait comme facteur déclencheur de la maladie. L’étude a également permis de mettre en lumière la difficulté des institutions concernées par la procédure d’expulsion à prendre en compte ces facteurs de santé.
Le même constat a été fait par l’Espace Solidarité Habitat de la Fondation, en 2025 : les difficultés de santé représentaient la seconde cause de la constitution d’une dette locative à l’origine de la procédure d’expulsion des ménages accompagnés, soit 22 %, arrivant au même plan que la perte d’un emploi, derrière l’emploi précaire qui représente la première cause. D’une année sur l’autre, au fil du temps, la santé apparait ainsi comme le 2e ou 3e facteur de dettes chez les personnes suivies.
Si la santé se révèle souvent être la cause d’une procédure d’expulsion locative, l’expulsion effective du ménage produit des conséquences multiples et dramatiques sur les personnes. Selon une étude initiée par la Fondation pour le Logement en 2022 :
– un tiers des personnes expulsées perdent leur emploi du fait de l’expulsion,
– 43 % des enfants subissent un impact négatif sur leur scolarité,
– 1 à 3 ans après, plus d’un tiers des personnes expulsées n’a pas retrouvé de logement.
Vivre dans l’angoisse de la procédure et subir une expulsion ont par ailleurs un impact fort sur la santé : + de 70 % des personnes sont marquées par des séquelles physiques, psychologiques ou subissent une rupture de soins. Autant de vies fragilisées, brisées durablement.
« En France, en 2026, vous pouvez être expulsé parce que vous êtes tombé gravement malade. Une réalité insupportable qui concerne un nombre croissant de personnes, dont certaines qui devraient être relogées dans le cadre du Dalo. L’État est loin de respecter ses obligations en matière de droit au logement et à l’hébergement et refuse de prendre des mesures fortes pour prévenir les expulsions, pour endiguer la crise du logement et réduire la pauvreté. », déplore Christophe Robert, délégué général de la Fondation pour le Logement.
Dans ce contexte alarmant, la Fondation pour le Logement demande la mise en œuvre d’un nouveau plan national de prévention des expulsions et la production massive de logements sociaux.
[1] Donnée issue du bilan de la plateforme Allô Prévention Expulsion 2026